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De la Crise à la Créativité : Un processus qui se construit à vitesse variable.

Isabelle Pénin - 31 mars 2020






La prolongation annoncée du confinement n’a pas surpris grand-monde. Cependant elle ravive le sentiment d’incertitude qui hante notre cerveau et qui nuit à notre état de santé mentale. Heureusement, nous sommes équipés pour faire face. Reste à savoir comment se donner un coup de pouce.

Maitriser le retour à l'équilibre de notre système


Il y des siècles de cela, la société c’est organisée autour de l’espoir d’un monde régi par plus de stabilité et de certitudes.

Les théories scientifiques, quêtes de notre civilisation depuis fort longtemps, ont renforcé l’idée que nous pouvions maîtriser et cadrer notre environnement de vie. Dans cette illusion, socle de notre société actuelle, chaque crise profonde, assortie de son lot d’incertitudes, nous fait douter de notre capacité à contrôler notre environnement. Les crises économiques, écologiques, géopolitiques ou comme aujourd’hui, sanitaires, font émerger des comportements enfouis, pleins d’espoir et de dignité comme ceux plus amers ou avides.



Comme tout système organisé et équilibré (attention, cela ne signifie pas que le système est bon ou juste mais qu’il a admis un équilibre), lorsqu’une crise le secoue, notre système sociétal cherche à retrouver son équilibre. C’est ce que l’on nomme l’homéostasie. A l’intérieur de ce système, chaque individu ou groupe d’individus, va œuvrer pour retrouver sa propre harmonie, puis rétablir peu à peu les relations, les forces, les stratégies afin de recréer cet équilibre salvateur.


La crise nous ouvre les yeux sur nos différences

Nous constatons tous, autour des débats relayés par le web, que les groupes s’achoppent ou se soutiennent autour de pratiques diverses. Nous avons ceux qui travaillent et ceux qui sont confinés, les bons élèves et les dissidents , les confiants et les inquiets, les positivistes et ceux qui pestent. Plus que jamais, nous constatons que ce système à l’équilibre précaire, regorgent de personnes différentes de soi qui profitent de la crise (les vilains) pour exprimer pleinement leurs divergences.

Toutes ces positions engendrent des comportements variés que l’on peut imputer à nos cerveaux. Et l’on sait que nos cerveaux n’aiment pas les situations d’incertitudes qui génèrent un stress intense et provoque plusieurs types de réactions.

C’est dans le cadre de ce stress non maîtrisé que certains ont réagi, cherchant à échapper à l’incertitude.


Chacun cherche un moyen d'apaiser les angoisses liées à l'incertitude

Les réactions à chaud proches de la panique : Agir, même sans prendre en considération tous les éléments du contexte, donne l’illusion de retrouver la maîtrise. C’est ainsi que nous avons vu des personnes stocker des aliments, fuir leur ville…

La non réaction et le refus de voir : Certaines personnes refusent de regarder le nouveau contexte et maintiennent leurs habitudes. La mise en place de mesures correctives leur est impossible. Le problème face à une crise aussi soudaine ? Ils se retrouvent à contre courant, montré du doigt et la stigmatisation qui en résulte risque de les éloigner encore plus de l’acceptation. Je pense que sachant cela nous serons collectivement moins enclin à flageller en place public celles et ceux qui ne respectent pas les mesures de sécurité. Un peu de pédagogie et compassion les aideraient plus efficacement à accepter la réalité et à se conformer aux actions préventives mises en place.

La réaction de comblement du vide : On dit souvent « La nature a horreur du vide ». Et bien notre cerveau n’est pas très friand non plus des histoires qui ne sont pas finies et il produit aisément des fins hypothétiques pour satisfaire à calmer les angoisses. Rien d’étonnant à ce que les Fake News et l’accroissement inquiétant de « spécialistes » inondent la toile. Chacun comble les vides soit pour se rassurer (et l’on voit fleurir des scénarios rassurant et des happy end imminents) d’autres veulent argumenter la raison de leur malaise (théories du complot, fin du monde ou certitude de leur propre mort).

Il va de soi que ces modes de défense de notre cerveau face à l’incertitude sont assez improductifs et ne jouent qu’un rôle éphémère dans notre mieux être.


La créativité : une réponse productive pour apaiser les angoisses


Alors que faire et notre cerveau sait-il gérer la situation de façon productive ? Bonne nouvelle : OUI ! Grace à notre cortex préfrontal, nous avons la capacité de faire face. Encore faut-il apaisé nos angoisses suffisamment longtemps pour réenclencher l’utilisation de cette partie de notre boite à penser.

Une fois notre angoisse dissipée (même partiellement et/ou temporairement), c’est le moment de rassembler ce que nous savons, nos certitudes, et de les remettre en ordre de marche pour rétablir un équilibre et ne plus laisser le doute et sa cohorte anxiogène, nous submerger.

Prendre en considération nos certitudes aide à accepter la situation pour ce qu’elle est : une période de crise qui nécessite une modification de nos comportements actuels.

A partir de là, notre cortex préfrontal va nous aider à analyser de façon (plutôt) réaliste, les informations sur notre environnement et va faire appel à son ami de toujours : LA CRÉATIVITÉ


Les recherches en neurosciences nous permettent aujourd’hui d’en savoir un peu plus sur le fonctionnement de notre cerveau lorsque nous créons. J’entends ici la création artistique mais surtout l’inventivité.

De récentes études démontrent que l’inventivité, la créativité trouvent leurs fondement cérébraux dans le cortex préfrontal. Celui là même qui nous permet d’adapter notre comportement à une situation donnée, celui qui produit notre représentation de notre environnement et va de ce fait guider nos comportements.

Grace à cette inventivité nous allons recréer un équilibre entre notre contexte de vie et nos comportements. Ceci va prendre l’aspect d’une créativité d’attitudes adaptées aux circonstances, de nouvelles façons de faire, voir même d’abandon de certains comportements qui ne trouvent plus leur place dans ce nouveau contexte, au profit d’une aspiration à modifier plus en profondeur les pratiques.

En d’autres termes, les plus créatifs, celles et ceux qui ont richement colonisé leur cortex préfrontal, vont non seulement trouver et proposer des transformations des pratiques habituelles, ils peuvent aller jusqu’à créer de nouvelles pratiques répondant, non plus à un palliatif de nos habitudes mais à de nouvelles habitudes. Et enfin certains vont s’emparer du nouveau contexte comme une nouvelle norme qui va initier un ordre nouveau.

Nous sommes tous responsables de faire évoluer l'incertitude en créativité


Rien n’est donc plus important, en période de crise, nécessitant à notre système de retrouver un équilibre (quel-qu’il soit) de mettre à disposition des individus constituant ce système, de la compassion plutôt que de la critique, de l’information claire dépassionnée sans contradictions, de la pédagogie plutôt que de la répression pour permettre au plus grand nombre de devenir un inventif constructif y compris si cette débordante inventivité ne répond pas favorablement aux aspirations des leaders d’aujourd’hui….

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2017 crée par Isabelle Pénin Question de famille avec WIX.com       

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Crédit photos Virginie Joncourt et Maureen Le Bouhart